L’ANDF ouvre les portes du retour aux origines

L’ANDF ouvre les portes du retour aux origines

Pendant longtemps, acquérir une parcelle au Bénin relevait presque d’un parcours de combattant. Il fallait avancer entre les promesses verbales, les conventions imprécises, les limites contestées, les héritiers inconnus et les vendeurs capables de céder le même domaine à plusieurs acquéreurs. Bien des citoyens ont investi l’épargne de toute une vie dans une terre qu’ils n’ont jamais pu occuper. Des familles se sont divisées, des chantiers ont été abandonnés et des personnes de bonne foi ont passé des années devant les juridictions. Le foncier, qui devrait accueillir la maison, protéger la famille et garantir la stabilité, est ainsi devenu une source majeure d’insécurité. Mais cette histoire n’est pas une fatalité. Une transformation profonde est engagée, portée notamment par l’Agence nationale du domaine et du foncier, l’ANDF.

L’action de cette institution marque le passage progressif d’un foncier dominé par l’informel à une administration fondée sur la preuve, la traçabilité et la sécurisation des droits. La confirmation des droits fonciers, l’enregistrement des actes, l’inscription des mutations, des hypothèques et des radiations ainsi que la délivrance de documents officiels permettent de réduire l’espace laissé aux arrangements obscurs. La propriété ne doit plus dépendre de la seule parole d’un vendeur, de la puissance d’une famille ou de l’influence d’un intermédiaire. Elle doit reposer sur une procédure vérifiable, un bien clairement identifié et un droit régulièrement établi. Voilà le changement de culture que l’ANDF installe progressivement dans les pratiques foncières au Bénin.

Le Cadastre national constitue l’un des piliers de cette révolution. Il contribue à une meilleure connaissance des parcelles, de leur localisation et des droits qui leur sont attachés. Grâce à la numérisation, plusieurs démarches peuvent désormais être engagées avec davantage de lisibilité. Demande de titre foncier, extrait de plan cadastral, extrait de plan parcellaire, certificat d’appartenance, transfert de propriété, attestation de confirmation cadastrale et autres prestations offrent aux citoyens des instruments concrets de sécurisation. En rapprochant l’administration foncière des usagers, l’ANDF réduit les déplacements inutiles, améliore le suivi des dossiers et rend les opérations plus transparentes. Ces différents services sont présentés sur le portail officiel de l’ANDF https://andf.bj/.

Cette modernisation possède une portée sociale considérable. Sécuriser une terre, ce n’est pas seulement produire un document administratif. C’est prévenir une dispute entre héritiers, protéger l’épargne d’un ménage, éviter la démolition d’une maison et empêcher qu’une transaction frauduleuse ne bouleverse plusieurs générations. Lorsqu’une parcelle est clairement identifiée, que son propriétaire est reconnu et que chaque mutation est régulièrement enregistrée, les possibilités de contestation abusive diminuent. La transparence foncière devient alors un instrument de paix. Chaque droit clarifié retire un motif de conflit aux familles. Chaque transaction sécurisée renforce la confiance entre les citoyens. Chaque titre régulièrement établi consolide la stabilité de la société.

La sécurisation foncière soutient également le développement économique. Une famille qui possède un droit clairement établi peut construire avec davantage de sérénité et transmettre un patrimoine mieux protégé. Un entrepreneur peut engager un projet en connaissant la situation juridique du terrain retenu. Les institutions financières peuvent mieux apprécier les garanties qui leur sont présentées. La terre cesse ainsi d’être un capital dormant ou une source permanente de contentieux. Elle devient un levier pour bâtir un logement, développer une activité, créer des emplois et attirer des investissements. En mettant progressivement de l’ordre dans la propriété foncière, l’ANDF ne protège donc pas seulement les parcelles ; elle sécurise aussi les projets qui doivent s’y établir.

Cette avancée prend une dimension historique au moment où le Bénin affirme sa volonté de renouer avec les Afro-descendants. Ils sont de plus en plus nombreux à venir découvrir la terre de leurs ancêtres, à visiter les lieux de mémoire et à envisager une installation durable dans le pays. Certains souhaitent construire une résidence, préparer leur retraite, créer une entreprise ou participer au développement local. Leur retour doit pouvoir s’effectuer dans un environnement foncier suffisamment encadré pour les préserver des ventes multiples, des faux propriétaires et des démarcheurs incontrôlés. Par la clarification des droits, la traçabilité des transactions et l’accès aux informations cadastrales, l’ANDF leur offre les instruments nécessaires pour envisager une acquisition dans un cadre légal et sécurisé.

Le travail accompli par l’ANDF dépasse ainsi la seule administration des terres. Il rejoint directement l’ambition nationale de faire du Bénin une terre de reconnexion, d’accueil et d’enracinement pour les Afro-descendants. La sécurité foncière constitue le socle indispensable à leur installation, mais également à leurs investissements dans l’hôtellerie, la culture, l’artisanat, les résidences, les espaces mémoriels et les circuits touristiques. Elle ouvre une perspective majeure pour le tourisme mémoriel, notamment autour des territoires et des sites portant l’histoire de la traite négrière. Le voyage vers les origines peut alors dépasser la simple visite pour devenir une relation durable avec le pays.

Dans cette perspective, l’investissement prend une signification particulière. Construire au Bénin, restaurer un lieu chargé d’histoire, créer un centre culturel, soutenir un musée, développer une résidence d’accueil ou participer à la valorisation d’un circuit mémoriel, c’est prolonger concrètement le devoir de mémoire. L’Afro-descendant qui revient ne cherche pas toujours seulement une parcelle. Il recherche parfois un ancrage, une appartenance retrouvée et la possibilité de contribuer à une histoire dont ses ancêtres ont été brutalement arrachés. En sécurisant les terres sur lesquelles ces projets peuvent naître, l’ANDF crée un pont entre la mémoire et l’avenir, entre la reconnexion affective et la participation économique.

La vigilance individuelle demeure naturellement indispensable. Aucun acquéreur, qu’il vive au Bénin ou à l’étranger, ne doit verser de l’argent sur la seule recommandation d’un proche ou d’un intermédiaire. Il faut vérifier la situation juridique du bien, identifier les titulaires de droits, recourir aux professionnels habilités, accomplir les formalités requises et faire enregistrer régulièrement la transaction. Mais les outils mis en place permettent désormais d’avancer sur un chemin mieux balisé. C’est en utilisant pleinement ces mécanismes que les citoyens, les Béninois de la diaspora et les Afro-descendants pourront transformer leur projet immobilier en un investissement durable, plutôt qu’en une longue bataille foncière.

Le Bénin a besoin d’un foncier qui rassemble, rassure et ouvre des perspectives. La révolution conduite par l’ANDF répond à cette exigence. Elle construit la paix entre les familles, renforce la stabilité des investissements et prépare l’accueil de ceux qui souhaitent renouer avec la terre de leurs origines. Chaque parcelle sécurisée devient une victoire contre la fraude et le désordre. Chaque projet régulièrement établi devient une promesse de développement. Chaque Afro-descendant qui peut acquérir, construire et investir dans la sérénité donne au retour aux sources une profondeur nouvelle. Le devoir de mémoire ne consiste plus seulement à regarder le passé. Grâce à la sécurité foncière, il peut désormais prendre racine dans le présent et participer à l’édification de l’avenir.

Hugues Hector ZOGO

Journaliste-Ecrivain