Propreté des cimetières : honorer nos morts au-delà des cérémonies
Les cimetières sont des lieux de mémoire, de recueillement et de transmission. Ils abritent les dépouilles de femmes et d’hommes qui ont partagé notre existence, façonné nos familles et contribué, chacun à sa manière, à l’histoire de la communauté. Pourtant, dans plusieurs localités, ces espaces sacrés offrent une image préoccupante : herbes envahissantes, déchets abandonnés, tombes dégradées, allées impraticables et infrastructures négligées. Cette situation nous oblige à nous interroger sur la véritable place que nous accordons à nos morts une fois les cérémonies achevées.
Lorsqu’un décès survient, la mobilisation est souvent impressionnante. Parents, amis, collègues et connaissances se rassemblent pour organiser les veillées, les hommages et l’inhumation. Les familles engagent parfois des dépenses considérables afin d’offrir au défunt des funérailles jugées dignes de son rang. Les fleurs abondent, les discours se succèdent et les témoignages exaltent les qualités de la personne disparue. Mais quelques mois plus tard, le silence s’installe. La tombe autrefois fleurie devient difficilement accessible et le souvenir solennellement célébré semble progressivement livré à l’oubli.
La propreté des cimetières ne relève pourtant pas d’une simple préoccupation esthétique. Elle constitue d’abord une question de dignité. Une société se révèle aussi dans la manière dont elle traite les lieux où reposent ses morts. Laisser les sépultures disparaître sous les herbes ou permettre que des déchets s’accumulent entre les tombes traduit une forme de désinvolture collective. Le respect dû aux défunts ne devrait pas prendre fin avec l’inhumation. Il doit se prolonger par l’entretien régulier de leur dernière demeure et par la préservation de la solennité du lieu.
La responsabilité des familles est évidemment engagée. Chacune devrait veiller, dans la mesure de ses possibilités, à l’entretien de la tombe de ses proches. Il n’est pas nécessaire d’attendre la Toussaint, un anniversaire de décès ou une cérémonie particulière pour se rendre au cimetière. Une visite périodique permet de désherber les alentours, de nettoyer la sépulture et de constater d’éventuelles dégradations. Ce geste, même modeste, entretient la mémoire familiale et rappelle aux plus jeunes que leur histoire ne commence pas avec eux.
Mais l’entretien des cimetières ne saurait reposer exclusivement sur les familles. Les communes, auxquelles revient la gestion de ces espaces publics, doivent assumer pleinement leur mission. Elles sont appelées à organiser le nettoyage des voies d’accès, l’enlèvement des ordures, l’éclairage, la sécurisation et l’aménagement des allées. Elles doivent également établir des règles précises pour les inhumations et la construction des tombeaux. Un cimetière correctement administré ne devrait pas devenir un espace désordonné où chacun agit sans considération pour les autres usagers.
L’insalubrité de certains cimetières soulève aussi des préoccupations environnementales et sanitaires. Les sachets plastiques, bouteilles, couronnes artificielles détériorées et autres objets abandonnés finissent par s’accumuler. À la saison des pluies, certains récipients peuvent retenir l’eau et favoriser la prolifération des moustiques. Les feux allumés sans contrôle pour brûler les herbes ou les déchets présentent également des risques. La sacralité d’un lieu ne le soustrait pas aux exigences de salubrité et de protection de l’environnement.
La question de la sécurité mérite tout autant notre attention. Des cimetières mal entretenus et insuffisamment surveillés peuvent devenir des refuges pour des individus mal intentionnés. Des tombes sont parfois profanées, des objets funéraires emportés et des visiteurs agressés. Une clôture adaptée, un gardiennage effectif et des horaires clairement définis contribueraient à protéger les sépultures comme les personnes qui viennent s’y recueillir. Le respect des morts passe aussi par la protection de leur repos contre toute forme de violation.
Il conviendrait, par ailleurs, de développer une véritable culture citoyenne autour de l’entretien des cimetières. Des journées communautaires de salubrité pourraient être organisées périodiquement par les municipalités, en collaboration avec les associations de quartier, les communautés religieuses et les familles. Ces initiatives ne devraient toutefois pas demeurer occasionnelles. Elles gagneraient à s’inscrire dans une politique permanente, accompagnée de moyens humains, matériels et financiers clairement identifiés.
Nos cimetières constituent également des archives à ciel ouvert. Les noms, les dates, les épitaphes et les monuments qu’ils renferment témoignent de l’évolution des familles et des communautés. Certaines sépultures appartiennent même au patrimoine historique local et mériteraient d’être recensées puis protégées. Entretenir ces lieux, c’est donc préserver une partie de notre mémoire collective. C’est permettre aux générations futures de retrouver les traces de celles et ceux qui les ont précédées.
Honorer les morts ne consiste pas seulement à organiser des funérailles imposantes ou à publier des hommages émouvants. L’hommage le plus sincère se mesure aussi à la fidélité du souvenir. Un cimetière propre, ordonné et sécurisé témoigne d’une communauté consciente de ses responsabilités. Prenons donc soin de ces espaces de repos avec la même attention que celle que nous revendiquons pour nos lieux de vie. Car la dignité humaine ne s’arrête pas au seuil de la mort.
Hugues Hector ZOGO
Journaliste-Écrivain

