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Paternité irresponsable : ces enfants qui grandissent sans repères

Donner la vie à un enfant ne suffit pas pour devenir véritablement père. La paternité ne se limite ni à la transmission d’un nom ni à une contribution financière occasionnelle. Elle exige une présence, une protection, une écoute et un engagement durable. Pourtant, de nombreux enfants grandissent avec un père absent, indifférent ou peu disposé à assumer ses responsabilités. Derrière cette démission se construisent des blessures silencieuses dont les conséquences peuvent accompagner l’enfant durant toute son existence.

Certains hommes disparaissent dès l’annonce de la grossesse. Ils contestent leur paternité, interrompent toute relation avec la mère ou multiplient les prétextes pour ne pas contribuer aux dépenses. D’autres reconnaissent l’enfant, mais ne participent réellement ni à son entretien ni à son éducation. Leur présence se réduit à quelques visites irrégulières, à des promesses rarement tenues ou à une aide accordée seulement sous la pression familiale. L’enfant existe alors officiellement, mais demeure affectivement et matériellement abandonné.

Cette situation place souvent la mère devant une charge considérable. Elle doit répondre seule aux besoins alimentaires, sanitaires, scolaires et émotionnels de l’enfant. Elle travaille, organise le foyer, soigne, conseille et protège, parfois sans soutien régulier. Lorsque ses ressources sont insuffisantes, chaque dépense devient une épreuve. Les frais de scolarité, les médicaments ou la simple alimentation peuvent menacer l’équilibre du ménage. La démission paternelle se transforme ainsi en facteur d’appauvrissement familial.

Il arrive également que le père vive sous le même toit que ses enfants sans être réellement présent. Il assure peut-être certaines dépenses, mais ne connaît ni leurs difficultés scolaires, ni leurs fréquentations, ni leurs peurs. Il considère que l’éducation relève exclusivement de la mère. Il ne dialogue pas, ne félicite pas et ne participe à aucun moment important de leur vie. Cette absence intérieure peut être aussi douloureuse que l’éloignement physique, car l’enfant voit son père sans pouvoir véritablement compter sur lui.

Les conséquences varient selon les enfants et les circonstances. Tous ceux qui grandissent sans leur père ne sont pas condamnés à l’échec. Beaucoup réussissent grâce au courage de leur mère, à l’appui de leur famille élargie ou à la présence d’autres figures éducatives. Toutefois, l’abandon peut provoquer un sentiment de rejet, une perte de confiance et des interrogations douloureuses. L’enfant se demande pourquoi son père ne vient pas, s’il a commis une faute ou s’il mérite moins d’amour que les autres.

À l’adolescence, ce vide peut devenir plus difficile à supporter. Le jeune cherche des repères, une identité et des modèles auxquels se comparer. Lorsqu’il ne trouve pas d’accompagnement au sein de la famille, il peut se tourner vers des groupes capables de lui offrir un sentiment d’appartenance. Certaines fréquentations exploitent alors sa fragilité. Le besoin d’être reconnu l’expose à la délinquance, aux comportements à risque ou à diverses formes de manipulation.

La paternité responsable commence avant même la naissance. Le père doit accompagner la grossesse, s’informer de l’état de santé de la mère et contribuer aux dépenses nécessaires. Après la naissance, son rôle ne se limite pas à acheter des vêtements ou à payer les frais scolaires. Il doit participer aux soins, suivre l’évolution de l’enfant et soutenir la mère dans les tâches quotidiennes. Ces gestes créent un lien affectif que l’argent seul ne peut remplacer.

Être père, c’est aussi savoir écouter. L’enfant a besoin de sentir qu’il peut parler de ses réussites comme de ses difficultés sans être immédiatement jugé. Il attend des encouragements, des conseils et une présence rassurante. Un père n’a pas besoin d’être parfait ni de disposer d’une grande fortune pour devenir un repère. Sa parole tenue, sa disponibilité et l’exemple qu’il donne au quotidien constituent déjà un héritage précieux.

Même après une séparation conjugale, les responsabilités parentales demeurent. La fin d’une relation entre adultes ne devrait jamais entraîner l’abandon des enfants. Utiliser ceux-ci comme moyens de pression, refuser de les voir pour punir l’autre parent ou suspendre toute assistance à cause d’un conflit sentimental constitue une grave injustice. L’enfant ne doit pas supporter les conséquences d’une rupture qu’il n’a ni choisie ni provoquée.

La société doit cesser de banaliser la démission paternelle. Les familles, les responsables communautaires et les institutions compétentes doivent rappeler que l’entretien et l’éducation d’un enfant constituent des obligations. Les mères laissées seules doivent pouvoir accéder à des mécanismes efficaces pour faire reconnaître la paternité et obtenir la contribution nécessaire. La protection de l’enfant doit toujours prévaloir sur les arrangements destinés à préserver l’image d’un adulte défaillant.

Il est également nécessaire d’éduquer les garçons à la responsabilité affective et familiale. Ils doivent comprendre que la virilité ne se mesure ni au nombre de conquêtes ni au nombre d’enfants engendrés. Elle se manifeste plutôt dans la capacité à répondre de ses choix, à protéger les siens et à tenir ses engagements. Cette éducation doit commencer dans la famille, se poursuivre à l’école et être soutenue par les médias ainsi que par les communautés.

Un enfant peut pardonner bien des absences, mais il n’oublie pas facilement le sentiment d’avoir été abandonné. Assumer sa paternité, c’est offrir à son enfant une base solide pour affronter la vie. C’est aussi contribuer à former un adulte capable d’aimer, de respecter et de prendre ses propres responsabilités. La présence d’un père ne résout pas toutes les difficultés, mais son engagement sincère peut empêcher que bien des blessures ne deviennent des fractures durables.

Hugues Hector ZOGO

Journaliste-Écrivain