Inondations au Bénin : prévenir la catastrophe plutôt que réparer les dégâts

Inondations au Bénin : prévenir la catastrophe plutôt que réparer les dégâts

Chaque saison pluvieuse semble ramener les mêmes images : des habitations envahies par les eaux, des voies devenues impraticables, des familles contraintes de quitter précipitamment leur domicile et des activités économiques brusquement interrompues. Lorsque les fleuves débordent ou que les pluies s’abattent avec violence, l’eau rappelle qu’elle possède une mémoire. Elle retrouve les anciens passages qu’on lui a fermés, occupe les zones basses transformées en quartiers et révèle les insuffisances de notre aménagement. Pourtant, après chaque catastrophe, l’émotion retombe, les eaux se retirent et les mauvaises habitudes reprennent leur place.

Au Bénin, les inondations ne résultent pas uniquement de pluies abondantes. Elles sont aussi aggravées par l’occupation des zones à risque, l’obstruction des caniveaux, l’insuffisance de certains ouvrages d’assainissement et la disparition progressive des espaces naturels capables d’absorber l’eau. Dans plusieurs localités riveraines, la montée des cours d’eau constitue un phénomène saisonnier connu. Mais connaître le danger ne signifie pas toujours s’y préparer. Trop souvent, les populations attendent que l’eau franchisse les portes avant de chercher des solutions. À cet instant, la prévention a déjà cédé la place à l’urgence.

Réparer après la catastrophe coûte pourtant beaucoup plus cher que prévenir. Il faut reloger les sinistrés, distribuer des vivres, remettre en état les routes, reconstruire les habitations, restaurer les écoles et répondre aux risques sanitaires. Les familles perdent des meubles, des récoltes, du bétail, des documents administratifs et parfois les économies de toute une vie. Les enfants interrompent leur scolarité, tandis que les adultes voient disparaître leurs moyens de subsistance. À la dépense publique s’ajoutent ainsi des pertes privées difficiles à évaluer. Une catastrophe ne détruit pas seulement des biens matériels ; elle efface des années d’efforts.

La prévention commence par une meilleure connaissance des territoires. Il est indispensable de cartographier précisément les zones exposées, d’identifier les habitations menacées et d’actualiser régulièrement les plans de contingence. Les données météorologiques et hydrologiques doivent être transformées en informations simples, compréhensibles et accessibles. Une alerte n’est utile que si elle parvient à temps aux populations concernées et leur indique clairement la conduite à tenir. Dans les villages comme dans les villes, les autorités locales, les radios communautaires, les responsables religieux et les relais de quartier peuvent contribuer à diffuser rapidement les messages de prévention.

Prévenir suppose également d’avoir le courage d’encadrer l’occupation du territoire. Autoriser ou tolérer des constructions dans des couloirs naturels d’écoulement revient à programmer les drames de demain. Certes, le besoin de logement est réel et les populations vulnérables s’installent parfois là où elles le peuvent. Mais l’absence de contrôle ne constitue pas une politique sociale. Elle expose les familles les plus pauvres à des pertes répétées. Il faut proposer des solutions de relogement acceptables, sécuriser les zones constructibles et faire respecter les règles d’urbanisme sans favoritisme ni improvisation.

L’entretien des ouvrages mérite aussi une attention permanente. Un caniveau construit à grands frais mais rempli de déchets ne peut plus remplir sa fonction. Un bassin de rétention occupé ou mal entretenu perd progressivement son efficacité. Les opérations de curage ne devraient donc pas commencer uniquement lorsque les pluies sont déjà installées. Elles doivent être programmées, suivies et évaluées avant chaque saison. Les citoyens, de leur côté, doivent cesser de transformer les caniveaux et les cours d’eau en dépotoirs. La lutte contre les inondations exige une responsabilité partagée entre pouvoirs publics et populations.

Dans les zones fluviales, la protection des berges, des plaines inondables et des zones humides demeure fondamentale. Ces espaces ne sont pas des terrains inutiles attendant d’être occupés. Ils jouent un rôle essentiel dans la régulation naturelle des eaux. Leur destruction augmente la vitesse des écoulements, réduit la capacité d’absorption des sols et fragilise les communautés riveraines. Restaurer les écosystèmes, reboiser les berges et limiter certaines activités humaines permet de renforcer la résilience. La nature peut devenir une alliée, à condition que l’homme cesse de la considérer comme un obstacle à contourner.

La prévention doit enfin devenir une priorité budgétaire et non une simple déclaration circonstancielle. Les communes ont besoin de ressources, d’équipements et de personnel formé pour anticiper les crises. Des exercices d’évacuation peuvent préparer les populations. Des abris temporaires doivent être identifiés à l’avance. Les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes et les personnes vivant avec un handicap doivent faire l’objet de dispositions particulières. Une politique de réduction des risques se juge à sa capacité de protéger les plus vulnérables avant que le danger ne frappe.

L’eau n’est pas toujours l’ennemie. Elle le devient lorsque l’imprudence, le désordre et l’oubli lui ouvrent la voie vers nos maisons. Le Bénin ne peut continuer à attendre chaque inondation pour redécouvrir ses fragilités. Gouverner, c’est prévoir ; aménager, c’est respecter les réalités du territoire ; protéger, c’est agir avant l’urgence. Entre le coût de la prévention et celui de la catastrophe, le choix devrait être évident. Mieux vaut investir aujourd’hui dans la sécurité que compter demain les pertes, les larmes et les promesses de reconstruction.

Hugues Hector ZOGO