Un siècle de mission : annoncer, servir et bâtir l’espérance
Un siècle s’est écoulé depuis l’institution de la Journée mondiale des Missions. Cent années de prières, de départs, de rencontres, de sacrifices et de témoignages. Cent années durant lesquelles des femmes et des hommes ont quitté leur terre, leur langue et leurs habitudes pour annoncer l’Évangile dans des régions parfois lointaines. Mais célébrer ce centenaire ne consiste pas seulement à contempler le passé. C’est aussi interroger le sens de la mission dans un monde profondément transformé, où les frontières géographiques demeurent, mais où les détresses humaines se retrouvent désormais au cœur de toutes les sociétés.
Pendant longtemps, l’image du missionnaire a été associée à celui qui partait vers des terres étrangères. Il traversait les mers, apprenait une nouvelle langue, découvrait d’autres cultures et partageait sa foi. À l’annonce de l’Évangile se sont souvent ajoutées des œuvres éducatives, sanitaires et sociales. Des écoles, des dispensaires, des centres d’accueil et des communautés ont été établis. Cette histoire comporte ses grandeurs, mais aussi des ambiguïtés qu’il faut regarder avec lucidité. La mission chrétienne ne saurait se confondre avec la domination culturelle ni avec l’effacement de l’identité des peuples.
Aujourd’hui, la mission ne se mesure plus uniquement à la distance parcourue. On peut traverser des continents sans véritablement rencontrer l’autre, tout comme on peut devenir missionnaire dans son quartier, son lieu de travail ou sa famille. La société contemporaine porte des blessures qui appellent une présence : solitude des personnes âgées, découragement des jeunes, pauvreté, maladie, violence, exclusion et perte de repères. Annoncer la foi dans ce contexte ne consiste pas d’abord à multiplier les paroles. Il s’agit de devenir une présence qui écoute, relève et accompagne.
Servir demeure ainsi l’un des langages les plus crédibles de la mission. Une communauté chrétienne qui prie mais ignore la souffrance de ses voisins risque de vider son message de sa force. La foi devient visible lorsqu’elle visite le malade, accueille l’étranger, nourrit celui qui a faim et protège l’enfant vulnérable. Elle devient audible lorsque le croyant refuse l’injustice, la corruption et le mépris de l’autre. Le missionnaire n’est pas celui qui se place au-dessus des personnes qu’il rencontre. Il est celui qui accepte de se tenir à leurs côtés.
Au Bénin, les communautés chrétiennes possèdent une responsabilité particulière. Elles sont présentes dans les villes, les villages, les établissements scolaires, les structures de santé et les œuvres sociales. Leur mission doit contribuer à former des citoyens honnêtes, responsables et ouverts au dialogue. Elle doit également promouvoir la paix entre les religions et les cultures. Dans un pays où plusieurs traditions spirituelles coexistent, témoigner de sa foi ne signifie pas combattre celle du voisin. La véritable mission refuse la haine, le fanatisme et la manipulation religieuse.
Le thème de cette centième Journée mondiale des Missions, « Un dans le Christ, unis dans la mission », rappelle que l’annonce de l’Évangile ne peut devenir une compétition entre personnes, groupes ou communautés. Les divisions affaiblissent le témoignage chrétien. Lorsque les ambitions personnelles, les querelles de leadership ou les intérêts matériels prennent le dessus, la mission perd son âme. L’unité ne signifie pas l’uniformité. Elle suppose de reconnaître la diversité des vocations, des sensibilités et des cultures, tout en avançant vers un objectif commun : servir l’être humain et témoigner de l’amour de Dieu.
La mission exige également une conversion du regard. Il ne faut plus considérer certaines populations comme de simples bénéficiaires attendant une aide extérieure. Chaque communauté possède des richesses, des savoirs et une capacité d’initiative. Le missionnaire doit apprendre avant de prétendre enseigner. Il doit écouter avant de parler et collaborer plutôt que décider seul. Cette attitude permet de construire des œuvres durables, enracinées dans les réalités locales. La mission moderne ne va pas vers des personnes sans histoire ; elle rencontre des peuples qui ont déjà une culture, une dignité et une parole.
Les jeunes constituent une force essentielle de cette nouvelle mission. Ils maîtrisent les outils numériques, inventent de nouvelles formes de solidarité et peuvent porter le message chrétien dans des espaces autrefois inaccessibles. Mais ils ont besoin d’être formés, écoutés et responsabilisés. Il ne suffit pas de leur demander de remplir les églises. Il faut leur permettre de poser des questions, d’exprimer leurs doutes et de participer aux décisions. Une Église qui fait confiance à sa jeunesse prépare la continuité de sa mission et renouvelle son langage.
Après cent ans, la mission demeure donc une œuvre inachevée. Elle ne consiste pas seulement à convertir des personnes, mais à transformer les relations humaines par la vérité, la justice et la charité. Annoncer, c’est proposer une espérance. Servir, c’est rendre cette espérance visible. Bâtir, c’est lui donner une forme durable dans la société. Le monde n’attend pas uniquement des discours religieux ; il cherche des témoins capables d’aimer sans exclure et d’agir sans humilier. Voilà peut-être la mission la plus urgente de notre temps.
Hugues Hector ZOGO

