Budget social, des promesses aux actes

Budget social, des promesses aux actes

Le projet de budget de l’État pour 2027 annonce une enveloppe de 4 757,029 milliards de FCFA, en hausse de 14,7 % par rapport à la loi de finances rectificative de 2026. Les dépenses à sensibilité sociale représenteraient 1 597,533 milliards de FCFA, contre 1 285,37 milliards prévus en 2026. L’éducation, la santé et la protection sociale sont présentées comme prioritaires. Cette orientation mérite attention ; toutefois, un montant inscrit dans un projet ne constitue pas encore une amélioration dans la vie des citoyens.

Le texte doit encore être examiné par l’Assemblée nationale. Il s’agit de prévisions, non de crédits déjà dépensés ni de résultats déjà obtenus. C’est dans l’écart entre l’annonce et son effet que se joue la crédibilité de l’action publique. Une ligne budgétaire peut promettre un service ; seule son exécution permet de savoir si une classe a été équipée, si un centre de santé a reçu les moyens attendus ou si une famille vulnérable a bénéficié d’une aide.

Dans l’éducation, le projet prévoit notamment la poursuite de la gratuité des frais de scolarité pour les filles au secondaire, l’extension des cantines scolaires, la réhabilitation d’infrastructures et la fourniture de tables-bancs. Ces mesures répondent à des besoins concrets. Encore faut-il que les cantines fonctionnent régulièrement, que les repas atteignent les écoles éloignées et que les équipements suivent l’évolution des effectifs. Le droit à l’éducation se mesure à la possibilité réelle d’apprendre, non à la seule absence de frais d’inscription.

Le volet sanitaire affiche également des ambitions : extension du programme ARCH, prise en charge annoncée des urgences vitales, construction de cinq hôpitaux de zone et réhabilitation d’établissements. Les infrastructures sont indispensables, mais elles ne suffisent pas. Il faut des personnels en nombre adéquat, des équipements opérationnels, des médicaments disponibles et des services financièrement accessibles. Une urgence médicale ne devrait pas devenir une course aux ressources pour une famille démunie.

La protection sociale doit être examinée à hauteur des bénéficiaires. Le projet prévoit de consolider et d’étendre le programme Gbessoké, qui associe transferts monétaires et appui aux activités génératrices de revenus. Lors de sa première phase opérationnelle, en septembre 2025, plus de 20 600 ménages avaient reçu des transferts dans douze communes pilotes. Cette expérience constitue un point d’appui ; elle appelle un suivi rigoureux de la couverture, de la régularité des paiements et de leurs effets sur les revenus.

L’aide sociale ne peut se réduire à un montant versé puis oublié. Elle doit atteindre les personnes concernées, sans exclusion arbitraire ni lourdeur excessive. Les bénéficiaires doivent connaître leurs droits et savoir où signaler une difficulté. Les autorités devraient publier des données sur les ménages touchés, les communes couvertes et les délais de versement, dans le respect de la vie privée. La transparence permet de vérifier si la solidarité publique atteint sa cible.

La hausse annoncée des dépenses sociales mérite un examen approfondi, non une simple célébration. Quels crédits seront effectivement ouverts ? Quels programmes seront prioritaires ? Quels indicateurs mesureront l’amélioration des conditions de vie ? Les parlementaires doivent demander des réponses précises et contrôler l’exécution des crédits. Les citoyens doivent pouvoir comparer les engagements, les dépenses réalisées et les résultats observés dans leurs communes. L’argent public appartient à tous.

Le projet évoque aussi le renforcement de la capacité d’investissement des communes. Cette proximité est décisive : les besoins d’un village privé d’eau ne sont pas ceux d’un quartier urbain exposé aux inondations. La décentralisation des moyens doit s’accompagner de critères clairs, de projets bien préparés et d’un contrôle rigoureux. Chaque financement devrait répondre à un besoin identifié et pouvoir être évalué selon un calendrier public.

Le caractère social d’un budget se vérifie dans la vie quotidienne : l’élève qui mange à l’école, la malade qui reçoit des soins, le ménage qui perçoit l’aide promise, la commune oubliée qui bénéficie d’investissements. Les 1 597,533 milliards annoncés pour 2027 suscitent une attente considérable. Au gouvernement d’en garantir l’exécution, au Parlement d’en contrôler l’usage et aux citoyens d’en mesurer les effets. Il est temps de passer des promesses aux actes.

Hugues Hector ZOGO

Journaliste-Écrivain