Consommons local, soutenons ceux qui produisent
Acheter un produit béninois ne devrait pas relever d’un geste de charité envers son fabricant. Il faut que le produit soit de qualité, accessible, disponible et digne de confiance. Lorsque ces conditions sont réunies, choisir le local devient un acte économique puissant : il soutient le producteur, le transformateur, l’artisan et les emplois liés à leur activité. En octobre, le Bénin met ses savoir-faire à l’honneur avec le Mois du Consommer local. À Natitingou, la foire ouverte le 15 octobre offre une vitrine aux acteurs de l’Atacora et de la Donga. Encore faut-il convertir cette promotion en habitude durable.
Chaque produit fabriqué ou transformé au Bénin raconte une chaîne de travail. Derrière un aliment, un vêtement, un meuble ou un objet d’art se trouvent producteurs, commerçants, artisans et petites entreprises qui cherchent leur place sur le marché. L’achat soutient cette chaîne. Mais si le geste reste exceptionnel, le producteur ne peut planifier, investir ni embaucher. Une foire attire des visiteurs quelques jours ; seule une demande régulière donne aux entreprises la confiance nécessaire pour améliorer leur offre.
Le « consommer local » ne saurait se limiter à des affiches et à des discours patriotiques. Le ministère du Commerce présente l’édition 2026 comme un mois de découverte et de valorisation des produits et services issus de la production nationale. Le gouvernement met également en avant la transformation locale, notamment au sein d’unités industrielles comme celles de la Zone industrielle de Glo-Djigbé. Cette orientation est utile, à condition que la valeur créée bénéficie aux acteurs locaux et que les produits trouvent des débouchés au-delà des événements promotionnels.
Il faut le dire clairement : « local » ne signifie pas automatiquement « meilleur ». Le consommateur est en droit d’attendre une qualité constante, un prix raisonnable, un emballage adapté et des informations fiables. Lui demander d’acheter un produit uniquement parce qu’il est béninois serait une erreur. La préférence nationale se construit par la confiance, laquelle se gagne à chaque achat. À la foire de Natitingou, l’Agence nationale de normalisation a prévu de sensibiliser les exposants à la culture de la qualité. Cette démarche doit se poursuivre dans les ateliers, les unités de transformation et les circuits de distribution.
Les producteurs et les petites entreprises ont besoin d’un environnement propice : financement, équipements, formation, conservation, transport et présentation des produits. Ces éléments conditionnent leur capacité à livrer régulièrement et à rester compétitifs. Lorsqu’une entreprise ne peut assurer ses stocks, le client se tourne vers une autre offre. Le consommateur ne peut porter seul la responsabilité du succès des produits locaux. Autorités, banques, distributeurs et organisations professionnelles doivent contribuer à consolider l’offre nationale.
Les marchés publics pourraient également jouer un rôle déterminant. Écoles, administrations, hôpitaux et collectivités achètent chaque année des biens et des services. Une politique d’approvisionnement qui ouvre une place aux fournisseurs locaux peut soutenir l’activité et donner de la visibilité aux entreprises béninoises. Cette préférence doit s’accompagner d’exigences claires sur la qualité, les délais et la traçabilité. Protéger une filière ne signifie pas la dispenser de progresser ; un débouché plus sûr doit encourager les producteurs à améliorer leurs pratiques.
Les consommateurs peuvent agir sans renoncer à leur pouvoir d’achat : comparer les produits, privilégier ceux de saison, découvrir les marchés et les coopératives de proximité, demander l’origine des biens. Mais le prix reste décisif pour de nombreux ménages. Une campagne ne convaincra pas une famille incapable de s’offrir une offre plus coûteuse. L’objectif doit être de proposer des produits locaux de qualité à des prix compétitifs, sans ajouter une charge morale au panier des ménages.
La foire de Natitingou met en lumière des produits, des créateurs et des entreprises qui cherchent à se faire connaître. Son bilan devra se mesurer à ce qui suivra : commandes maintenues, partenariats commerciaux, produits présents dans les boutiques et revenus générés pour les exposants. Les foires sont des tremplins, non une politique économique complète. Elles doivent être prolongées par un accompagnement des entreprises, une meilleure visibilité et des liens durables avec les marchés.
Consommer local, c’est soutenir ceux qui produisent, à condition de bâtir les moyens de produire mieux. Le patriotisme économique ne consiste pas à acheter à l’aveugle ; il consiste à donner sa chance à une offre nationale qui répond aux besoins et respecte les exigences des consommateurs. Aux producteurs de gagner la confiance par la qualité, aux pouvoirs publics d’ouvrir des débouchés et aux acheteurs de mesurer ce que leur choix fait vivre. Le Bénin ne bâtira pas une économie plus forte par les slogans seuls.
Hugues Hector ZOGO
Journaliste-Écrivain

