Chaque citoyen doit protéger la paix…

Chaque citoyen doit protéger la paix…

Chaque 21 septembre, le monde célèbre la Journée internationale de la paix. Cette commémoration ne devrait pas être considérée comme une simple date inscrite au calendrier des Nations. Elle nous invite à mesurer la valeur d’un bien dont on ne comprend souvent l’importance qu’après l’avoir perdu. La paix est semblable à l’air que nous respirons : tant qu’elle demeure, nous oublions sa présence ; lorsqu’elle disparaît, toute la société se retrouve brusquement privée de souffle.

La paix ne se résume pas à l’absence de guerre. Un pays peut ne connaître aucun conflit armé et laisser pourtant prospérer la haine, l’injustice, la peur et les divisions. Il n’existe pas de paix véritable lorsque des citoyens se sentent exclus, lorsque la parole de l’autre est systématiquement méprisée ou lorsque les différences politiques, religieuses, ethniques et sociales deviennent des motifs d’hostilité. La paix est une construction quotidienne fondée sur la justice, la confiance et le respect de la dignité humaine.

Nous avons parfois tendance à considérer la préservation de la paix comme une mission réservée aux gouvernants, aux forces de défense, aux responsables religieux ou aux organisations internationales. Pourtant, chaque citoyen possède une part de cette responsabilité. Une parole mensongère, une rumeur diffusée sans vérification ou une insulte lancée publiquement peut créer une tension dont personne ne maîtrise ensuite les conséquences. À l’inverse, une attitude responsable peut désamorcer un conflit avant qu’il ne s’étende.

Les réseaux sociaux constituent désormais l’un des principaux terrains où se joue la cohésion nationale. Ils facilitent l’information et permettent aux citoyens de s’exprimer, mais ils peuvent également accélérer la propagation de la haine. Un message manipulé, une ancienne image sortie de son contexte ou une accusation non vérifiée suffit parfois à dresser des groupes les uns contre les autres. Partager n’est donc jamais un acte totalement innocent. Chaque publication engage la responsabilité de celui qui la diffuse.

La paix commence aussi dans la famille. Un enfant qui grandit au milieu des injures, des coups et des humiliations apprend que la violence est un moyen normal de régler les désaccords. Celui qui est éduqué dans l’écoute, le respect et la maîtrise de soi découvre au contraire que le conflit peut être résolu sans détruire l’autre. Les foyers sont ainsi les premières écoles de la paix. Ce que nous y enseignons finit par se refléter dans les quartiers, les institutions et la nation.

À l’école, la paix s’apprend également. Elle se construit lorsque l’élève accepte son camarade malgré leurs différences, refuse le harcèlement et comprend que la compétition ne doit pas devenir une guerre. Les enseignants ont la responsabilité de transmettre le savoir, mais aussi le sens du dialogue et du bien commun. Former un citoyen, ce n’est pas seulement développer son intelligence ; c’est lui apprendre à utiliser cette intelligence au service de la coexistence.

La classe politique porte une responsabilité particulière. Le débat démocratique suppose la confrontation des idées, mais il ne devrait jamais autoriser la destruction morale des personnes. Les mots prononcés par un responsable public peuvent apaiser ou enflammer. Lorsqu’un acteur politique transforme l’adversaire en ennemi, alimente les frustrations identitaires ou présente la violence comme une réponse légitime, il fragilise les fondations de la République. L’ambition ne doit jamais valoir davantage que la stabilité du pays.

Les médias doivent, eux aussi, mesurer la portée de leur mission. Informer exige de vérifier les faits, de distinguer l’opinion de l’information et de ne pas sacrifier la responsabilité à la recherche de l’audience. Dans une période de tension, un titre imprudent peut attiser la colère. À l’inverse, un travail journalistique rigoureux contribue à rétablir les faits et à empêcher la manipulation. Défendre la paix ne signifie pas cacher la vérité, mais la présenter avec exactitude, équilibre et discernement.

Préserver la paix suppose également de combattre les injustices qui nourrissent le ressentiment. Une population qui se sent abandonnée, humiliée ou privée de toute perspective devient vulnérable aux discours extrémistes. L’emploi, l’éducation, l’accès aux soins, la justice équitable et la participation citoyenne ne sont donc pas seulement des questions de développement. Ils constituent aussi des investissements durables dans la stabilité et la cohésion de la nation.

La paix exige parfois le courage de pardonner, mais elle ne doit pas être confondue avec l’oubli ou l’impunité. Pardonner ne signifie pas nier la souffrance ni empêcher la justice d’accomplir son rôle. Il s’agit de refuser que la vengeance devienne la seule réponse possible. Une société qui ne sait pas traiter ses blessures les transmet d’une génération à l’autre. Le dialogue, la vérité et la justice sont indispensables pour transformer les rancœurs en possibilité de réconciliation.

En cette Journée internationale de la paix, chacun devrait s’interroger : mes paroles rapprochent-elles ou divisent-elles ? Mes publications éclairent-elles ou entretiennent-elles la confusion ? Suis-je capable d’écouter une opinion différente sans traiter son auteur comme un ennemi ? La paix du pays dépend aussi de ces choix apparemment ordinaires. Elle se construit dans notre manière de parler, de contester, de voter, de débattre et de vivre avec nos voisins.

Le Bénin doit préserver la paix comme l’un de ses biens les plus précieux. Elle permet aux enfants d’aller à l’école, aux citoyens de travailler, aux entreprises d’investir et aux institutions de fonctionner. Lorsqu’elle s’effondre, les premières victimes sont toujours les populations. Ne faisons donc pas de la paix un simple slogan prononcé chaque 21 septembre. Faisons-en une discipline collective, une vigilance permanente et un héritage à transmettre. Car la paix n’est jamais définitivement acquise : elle vit seulement aussi longtemps que nous choisissons, ensemble, de la protéger.

Hugues Hector ZOGO

Journaliste-Écrivain