Décrochage scolaire, l’alerte ne suffit pas
Une absence répétée en classe n’est jamais un détail à ranger au fond d’un registre. Elle peut annoncer une difficulté, une rupture ou bientôt l’abandon des études. Dans l’Atlantique, un centre d’appel a été lancé pour joindre les parents des élèves régulièrement absents, comprendre les motifs de ces absences et prévenir le décrochage. L’initiative est utile : un élève qui disparaît des cours ne doit pas devenir invisible aux yeux de son école. Mais l’alerte n’est qu’un premier geste. Pour maintenir un enfant à l’école, il faut comprendre ce qui l’en éloigne et agir en conséquence.
Porté par la Direction départementale de l’Enseignement secondaire avec l’appui d’Amnesty International Bénin, le dispositif entend renouer le contact entre établissements et familles. Les appels pourront aussi informer les parents de situations urgentes concernant leurs enfants. Cette démarche rappelle que l’école ne peut résoudre seule toutes les difficultés si elle ignore ce qui se passe hors de ses murs. Toutefois, un appel ne garantit ni le retour en classe ni la résolution du problème. Il ouvre une conversation ; encore faut-il que quelqu’un soit disponible pour écouter, orienter et assurer le suivi.
L’absentéisme ne doit pas être réduit à un manque de discipline. Un élève peut manquer les cours parce qu’il est malade, doit aider sa famille, ne dispose pas de moyens de transport ou ne se sent plus à sa place dans son établissement. Il peut subir du harcèlement, traverser une difficulté familiale ou rencontrer des obstacles dans ses apprentissages. Ce sont des hypothèses à vérifier, non des explications à appliquer indistinctement. L’appel doit ouvrir un dialogue respectueux, sans accusation ni jugement prématuré.
Les parents ont une responsabilité essentielle dans le suivi de la scolarité. Mais les interpeller ne suffit ni à les rendre disponibles ni à leur donner les moyens de résoudre chaque difficulté. Certains travaillent loin de leur domicile ou à des horaires contraignants ; d’autres ne savent pas comment accompagner un enfant qui décroche. L’école doit établir une relation de confiance, expliquer ce qu’elle observe et écouter les obstacles que la famille rencontre. Le dialogue ne peut être à sens unique : il doit permettre aux parents de poser leurs questions et de demander un soutien adapté.
Les enseignants ont une place déterminante. Ils sont souvent les premiers à remarquer qu’un élève s’absente davantage, ne participe plus ou décroche dans ses apprentissages. Repérer ces signes exige du temps et une coordination avec la direction, les familles et parfois les services sociaux. Les enseignants ne peuvent être chargés seuls de détecter les difficultés, de mener les démarches et de trouver toutes les solutions. Le centre d’appel doit s’inscrire dans un dispositif où les équipes savent à qui transmettre une situation préoccupante et où les familles peuvent être orientées.
L’initiative lancée à Godomey comprend également un concours de salubrité destiné aux établissements, avec une attention particulière portée à l’entretien des toilettes et des latrines. Ce volet rappelle que le cadre scolaire compte. Un élève ne peut s’épanouir dans un établissement où l’hygiène est négligée ou les infrastructures mal entretenues. Un concours peut encourager de bonnes pratiques ; il ne remplace pas des investissements réguliers dans l’eau, l’assainissement, la maintenance et la sécurité. Les établissements qui manquent de moyens doivent aussi recevoir l’appui nécessaire.
L’évaluation du centre d’appel devra dépasser le nombre de communications passées. Combien de familles ont été jointes ? Combien d’élèves sont revenus en classe ? Les absences ont-elles diminué dans la durée ? Les situations les plus préoccupantes ont-elles reçu un accompagnement adapté ? Ces questions doivent guider un suivi régulier. Il faudra également protéger les informations personnelles des élèves et préserver la confiance des familles. Les tournées annoncées par les autorités départementales et les maires pourront vérifier l’application des mesures, à condition de s’appuyer sur des résultats documentés.
Le décrochage scolaire ne se combat ni par la menace ni par une succession d’appels sans lendemain. Il faut prévenir, écouter, accompagner et corriger les obstacles qui éloignent les élèves de la classe. Le centre d’appel peut devenir un outil précieux si chaque alerte débouche sur une réponse adaptée : rencontre avec la famille, soutien pédagogique, orientation sociale ou mesure de protection. Les responsables ne doivent pas confondre contact établi et problème résolu.
Aucun élève ne devrait disparaître des registres avant que l’on s’inquiète de son absence. Le dispositif de l’Atlantique porte une idée juste : prévenir le décrochage exige de maintenir le lien entre l’école et la famille. Mais ce lien n’a de valeur que s’il conduit à une action. Le succès ne se mesurera ni aux sonneries ni aux conversations consignées, mais aux enfants accompagnés, aux absences comprises et aux parcours scolaires préservés. L’alerte est nécessaire ; la réponse est indispensable.
Hugues Hector ZOGO
Journaliste-Écrivain

