Insalubrité des marchés : le commerce alimentaire face aux risques sanitaires

Insalubrité des marchés : le commerce alimentaire face aux risques sanitaires

Les marchés occupent une place essentielle dans la vie économique et sociale de nos villes. Chaque jour, ils accueillent des milliers de commerçants, d’acheteurs, de transporteurs et de petits prestataires qui y trouvent leurs moyens de subsistance. On y vend des légumes, des fruits, des céréales, de la viande, du poisson et de nombreux produits indispensables aux ménages. Pourtant, derrière cette intense activité se développe parfois une insalubrité préoccupante qui menace directement la santé des populations.

Il suffit de parcourir certains marchés pour constater l’accumulation de déchets entre les étalages. Restes de légumes, sachets plastiques, cartons, poissons avariés et eaux usées composent un décor devenu presque ordinaire. Lorsque les ordures ne sont pas rapidement évacuées, elles se décomposent, dégagent de mauvaises odeurs et attirent les mouches, les cafards ainsi que les rongeurs. À proximité, des aliments continuent pourtant d’être exposés et vendus comme si cette situation ne présentait aucun danger.

Pendant la saison des pluies, le problème s’aggrave. Des allées non aménagées deviennent boueuses et difficiles d’accès. Les caniveaux obstrués débordent, entraînant des déchets vers les espaces de vente. L’eau stagnante favorise la multiplication des moustiques et augmente les risques de maladie. Les commerçantes sont parfois contraintes d’installer leurs marchandises à quelques centimètres de flaques souillées, faute d’un emplacement mieux adapté. Dans ces conditions, garantir la salubrité des produits devient particulièrement difficile.

La vente de denrées à même le sol constitue une autre source d’inquiétude. Des fruits, des légumes, des épices ou du poisson fumé sont disposés sur des bâches directement exposées à la poussière et aux projections d’eau. Les véhicules, les motos et les passants soulèvent continuellement des particules qui retombent sur les aliments. Même lorsqu’ils paraissent propres, ces produits peuvent avoir été contaminés avant leur arrivée dans les cuisines familiales.

La conservation de la viande, du poisson et des produits laitiers exige également une vigilance particulière. Sous une forte chaleur, les denrées périssables se dégradent rapidement lorsqu’elles ne sont pas maintenues à une température appropriée. Or, certains espaces de vente ne disposent ni d’électricité régulière ni d’équipements frigorifiques suffisants. Les vendeurs utilisent alors des moyens précaires de conservation qui ne garantissent pas toujours la qualité sanitaire des marchandises.

Le manque de toilettes propres et de points d’eau accessibles accentue les risques. Comment exiger un lavage fréquent des mains lorsque l’eau manque ou qu’elle se vend à un prix difficilement supportable pour les petits commerçants ? Lorsque les installations sanitaires sont inexistantes ou mal entretenues, certains usagers adoptent des pratiques qui dégradent davantage l’environnement. L’hygiène alimentaire commence pourtant par l’accès à l’eau, à des toilettes fonctionnelles et à des dispositifs permettant de se laver correctement les mains.

Les commerçants ont une responsabilité importante dans la recherche de solutions. Chaque vendeur devrait maintenir son espace propre, utiliser des récipients adaptés et éviter de déposer des déchets dans les caniveaux. Les aliments doivent être protégés contre la poussière, les insectes et les manipulations inutiles. Les produits avariés ne doivent jamais être dissimulés parmi les marchandises encore consommables. Chercher à limiter une perte financière en vendant un aliment douteux revient à mettre délibérément la santé d’autrui en danger.

Les consommateurs doivent, eux aussi, faire preuve de vigilance. Le prix le plus bas ne devrait pas être le seul critère d’achat. Il convient d’observer la propreté du lieu de vente, l’état du produit et ses conditions de conservation. Un aliment dont l’odeur, la couleur ou la texture paraît anormale doit être évité. Une fois à la maison, les fruits, les légumes, les ustensiles et les mains doivent être soigneusement lavés avant toute préparation.

Toutefois, on ne peut faire reposer la lutte contre l’insalubrité uniquement sur les comportements individuels. Les autorités communales et les structures de gestion doivent organiser une collecte régulière des déchets, installer des poubelles adaptées et assurer le curage des caniveaux. Les marchés ont besoin de points d’eau, de toilettes entretenues, d’un système d’assainissement efficace et d’espaces spécialement aménagés pour les produits sensibles. Les taxes perçues doivent contribuer de façon visible à l’amélioration de ces services.

Les inspections sanitaires doivent être régulières et suivies d’effets. Leur objectif ne devrait pas consister seulement à sanctionner, mais aussi à informer et à accompagner. Les commerçants doivent recevoir une formation pratique sur la conservation des aliments, la gestion des déchets et la prévention des contaminations. Lorsque des manquements graves persistent malgré les avertissements, des mesures fermes deviennent nécessaires pour protéger les consommateurs.

L’entretien des marchés exige enfin une coopération permanente. Une journée exceptionnelle de salubrité peut produire un résultat visible, mais celui-ci disparaît rapidement sans discipline quotidienne. Associations de commerçants, services municipaux et usagers doivent se répartir clairement les responsabilités. La propreté ne doit pas être une opération organisée uniquement avant une visite officielle ou une cérémonie. Elle doit devenir une exigence constante.

Un marché propre protège la santé, valorise le travail des commerçants et rend les achats plus agréables. À l’inverse, l’insalubrité transforme un lieu de subsistance en foyer potentiel de maladies. Les aliments que nous achetons nourrissent nos familles ; ils ne devraient jamais devenir une menace pour elles. Assainir durablement nos marchés n’est donc ni un luxe ni une affaire secondaire. C’est une obligation de santé publique, de responsabilité citoyenne et de dignité collective.

Hugues Hector ZOGO

Journaliste-Écrivain